mardi 13 octobre 2009

Bourrasque

Cette fois, elle n’est plus dans un parc, elle est dans un café.
Comme d’habitude elle ne fait rien, si ce n’est observer les gens passer. Le temps est capricieux, il se couvre. Elle a froid mais reste immobile ; elle n’a pas envie de froisser son humeur plus qu’elle ne l’est déjà. La sensation d’un manteau exhumé d’un placard, ou d’un parapluie usé, ou d’une vielle cloche, l’étreint. D’une vieille cloche, oui. Exactement. Tout va pour le mieux, pourtant. D’où vient alors cette insatisfaction rampante ? Pourquoi ce trouble, envahissant ?
Une dame ornée d’un petit chien - irresponsable parure consentante - passe devant elle.
La vacuité de ses actes lui apparaît avec violence. Agir sans noble cause, à quoi bon ? Une « noble cause » ? Vanité.


Elle se sent engoncée dans une question silencieuse, un doigt de pied en équilibre au-dessus du vide. Impossible de formuler le saisissant indicible qui siège au cœur de son être. Un observateur extérieur pourrait penser ces sensations marécageuses comme des sursauts de tristesse. Mais il se tromperait. Effusions, épanchements, troubles, cris et autres démonstrations sentimentales sont sans substance, cette vérité la frappe soudain. Elle y voit un simple symptôme, la fluctuation d’un esprit agité. Ce ne sont pour elle que mouvements périphériques.
Elle sait le centre, et le centre est tout autre. Il est calme, comme un roc. Profondément détaché de cette agitation, il observe. Ni trouble, ni jugement, ni attente. Il est simplement là, malgré l'hiver.

vendredi 9 octobre 2009

À l'abordage !

Sonnez clairons, sonnez trompettes, roulements de tambours... Tadaaaaam !!!
Tout beau, tout chaud, voici le dernier livre sorti aux Editions Yago :
"Le Bateau-usine" de Kobayashi Takiji !
Je vous laisse lire la 4e de couverture pour vous donner une idée.

"Enfin traduit en français, le Bateau‑usine est le chef d’oeuvre de Kobayashi Takiji. Ce classique décrit les conditions de vie inouïes des travailleurs à bord d’un navire pêchant le crabe dans les mers froides et dures, entre Japon et URSS. Exploités et humiliés, ces hommes découvrent la nécessité de l’union et de la révolte. Réaliste et novateur, ce texte culte connut un succès international. Il rencontre aujourd’hui un regain d’intérêt, entraînant la sortie de plusieurs films, mangas, etc. Quatre‑vingts ans après sa parution, en 1929, il est devenu au Japon le porte‑flambeau d’une jeunesse désenchantée. Une oeuvre engagée et avant‑gardiste, plus que jamais d’actualité."

Merci à tous, j'ai adoré travailler sur l'image de couverture et donner un petit coup de main sur la mise en page intérieure. Je n'ai qu'un mot à dire : youhouu !
Il va atterrir dans les rayons des librairies françaises sous peu, ouvrez l'oeil matelots !

vendredi 2 octobre 2009

"Pièce ronde" - Épisode premier


Elle et Lui marchent sur un chemin de graviers gris.
Ils sont habillés chichement, de retour d'un mariage.
Il mange une pomme tandis qu'Elle défait, épingle par épingle, son chignon très compliqué.


LUI
Vraiment ?! Tu as fait ça ?! Mais c'est insensée !

ELLE (le prenant mal)
Je crois plutôt que ça te fait peur et que tu dis que je suis insensée
car la logique est bien confortable et t'évite de réfléchir trop !

LUI
Non, la logique permet seulement de gagner du temps et d'économiser de l'énergie.

ELLE
C'est bien ce que je dis : elle est confortable !

LUI
...

ELLE
Et si tu utilises la Logique comme façade pour légitimer tes actes ?
Et si derrière cette façade, il n'y a rien d'autre que l'Infini ?
Et si les pensées qui te traversent à chaque instant ne t'appartiennent pas ?
Et si tu es simplement un récepteur d'ondes que tu transformes ensuite en actes, actes sur lesquels tu oses ensuite apposer le sceau de ta Logique ?

LUI
Et si tu arrêtais de poser des questions et que tu avais des réponses ?

ELLE
...

LUI
...

ELLE
Ce serait mentir.

LUI
Non, ce serait grandir !

Il s'arrête et lui tend la pomme entamée.
Elle hésite un instant, puis croque, sans la prendre en ses doigts.
Elle mastique très longtemps sa bouchée tandis qu'Il la couve du regard.
Puis Elle lui sourit.
Il se met alors à lui chatouiller les hanches, encore et encore, jusqu'à la faire se tortiller sur le sol. Ils s'embrassent avec ferveur, puis se chatouillent à nouveau, roulent l'un sur l'autre, s'embrassent encore...
Un homme en blouse blanche entre, tenant en main une longue et fine baguette en bois.

LE PHYSICIEN, montrant avec sa baguette les zones concernées
Voilà, comme vous pouvez le constater, cet homme et cette femme sont en phase de pré-copulation. Leur discussion n'était qu'un prétexte pour pouvoir s'éloigner et satisfaire leurs pulsions.
En attendant qu'ils terminent cette phase de pré-copulation pour passer à la suivante, nous allons étudier les conditions atmosphériques idéale à la formation d'un cumulo-nimbus dans la stratosphère. (il sort de sa poche une clochette et la fait retentir)

(à suivre)

mercredi 30 septembre 2009

Quand les oreillers osent...


... ils dévoilent leur intimité.

"Les hommes mariés ne font pas les nuits douces" de Yaël König, est paru aux éditions Yago.
Je suis honorée, autant que ravie, d'avoir fait cette couverture !

lundi 7 septembre 2009

Champagne !

First add for The Guardian !


Direction : Laurie Thinot
Animation : Gustavo Almenara
Production : Partizan Lab London
Agency : Wieden & Kennedy London

Thank you guys !

lundi 31 août 2009

PIOU !

- début message Oizo à Terre - Nous, Oizos, userons nos plumes pour écrire ce que nous volons ! - fin message Oizo à Terre -

mercredi 26 août 2009

La sinusite de mon père n'a de limite que la longueur du reste de ses cheveux qu'il entretient quotidiennement avec ferveur

Un titre pour Mateï Vişniec, écrivain de théâtre et prince des longs titres.
Voici ses trois culminants, classés par ordre décroissant de longueur :

1 • "L'Histoire des ours Panda raconté par un saxophoniste qui a une petite amie à Francfort"

2 • "Le mot progrès dans la bouche de ma mère sonnait terriblement faux"

3 •"De la sensation d'élasticité lorsqu'on marche sur des cadavres"

mardi 25 août 2009

Punition a vénérer


Merci à RawImage pour les textures

mercredi 29 juillet 2009

Oui, minuit

Pictured in Paris
29 juillet 2009

To eat or not to eat


Both pictured in Paris
29 juillet 2009

vendredi 24 juillet 2009

Les folies de Lucien


Une déception à lire ici...
Dommage. Pourtant, en faisant abstraction de la typo, l'affiche donnait envie.

Mise en scène : Jacques Dombrowski

Avec : Clotilde Chevalier, Sébastien Duchange, Sandra Durando, Éric Jetner, Marie Klaus, Virginie Perrier, Léovanie Raud, Benjamin Rolland, Loïc Tévenot

Parolière : Marie Klaus

Composition musicale : Baptiste Chéron

mercredi 22 juillet 2009

[Oups + Opus]

[Oups + Opus ] c'est fantastique, et c'est dans le OFF d'Avignon, Studio des Hivernales. Allez y !
La critique est ici.


[Oups + Opus], de Bérengère Fournier et Samuel Faccioli

Chorégraphie : Bérengère Fournier et Samuel Faccioli

Avec : Bérengère Fournier et Samuel Faccioli

Musique : Gabriel Fabing

Création lumière : Gilles de Metz

http://vlalavouivre.com/

lundi 20 juillet 2009

Infiniment là


Et hop, deuxième critique en ligne à lire ici !

Infiniment là, de Anne Conti au théâtre du Chien qui Fume en Avignon !

Conception et texte : Anne Conti

Violoncelle : Rémy Chatton

Percussions : Vincent Le Noan

Guitare : Benjamin Leherissey

Avec : Anne Conti

jeudi 16 juillet 2009

Rouge !


Ma première critique Avignonnaise sur Les Trois Coups, "Rouge !", un Petit Chaperon Rouge version trash, à lire ici.


Mise en scène : Gustavo de Araujo

Avec : Clotilde Durupt, Timothée Lepeltier, Sandrine Moaligou, Gustavo de Araujo

mardi 30 juin 2009

Sélection Saatchi & Saatchi 2009 !


Autokratz "Stay the same" est dans la sélection du 19thSaatchi & Saatchi New Directors’ Showcase !
Le programme a été diffusée à Cannes le 25 juin... Rien que d'y penser, je suis toute intimidée !
Merci à Gustavo Almenara de m'avoir aidé sur ce projet !

vendredi 26 juin 2009

My crisis is better than yours

dimanche 21 juin 2009

Choix de conjugaison matérielle

Être est un groupe, habillé de la même façon. Lorsque le groupe parle, c'est de concert. De temps à autre chaque individu prononce tour à tour une fraction de phrase.
En face de lui est Avoir, seul et très sûr de lui. Un roc.
Pendant le dialogue, Être se déploie, perpétue des gestes d'indignation et de colère, s'agite.
Avoir est calme.

ÊTRE
Non ! Taisez-vous ! Vous m’avez déjà assez heurté. Je ne veux plus rien entendre, ne voyez-vous pas les rigoles de sang que charrient mes oreilles ? Elles me chatouillent le cou. C’est humide sur ma poitrine. Ne voyez-vous pas ? Ils ne voient pas ! C’est à se demander s’ils ont déjà vu !
Je vais vous dire ce que j’en pense, moi, puisque les aveugles sont ici couronnés.
Votre système est inhumain. Vous pouvez me traiter de naïf en riant, vos grandes bouches ne me font pas peur. Qui êtes-vous, bande d’Hypothèses ? Qui pensez-vous être ? Comment osez-vous bafouer le monde à ce point ? Je vous crache !

AVOIR
Tu ne comprends rien.
Tu perds tout car tu ne sais pas ce que tu peux gagner. Ce que nous sommes, tu dois le devenir, sous peine de rester enfermé dans ton monde illimité. Nous sommes présents car nous savons que nous gagnons notre futur ; nous savons aussi qu’un jour nous le perdrons. En attendant, nous accumulons, car accumuler donne un sens. Nous aimons nos biens. Nous pouvons les contrôler. Ils ont un rôle clair dans notre existence, une finalité. Nous devenons, grâce à ce système, des êtres sensés. Nos actes prennent une dimension nouvelle car ils ont une direction claire. Cela s’appelle la civilisation.

ÊTRE
Et la vie ? Ce que vous appelez civilisation est seulement une illusion de pouvoir ! Faute de vous contrôler vous-même, vous imposez vos caprices au monde matériel ! Dans votre système, « avoir » égal « pouvoir » ! Je m’insurge ! Nous sommes bien plus riches que ce que nous avons !

AVOIR
Hahaha ! Détend toi, mon cher. Tu peux dire ce que tu veux, de toute façon nous sommes majoritaires.

ÊTRE
Alors j’incarnerais la révolution jusqu’à mon dernier souffle !

AVOIR
Nous te ferons mettre une plaque.

jeudi 11 juin 2009

Vertigineusement

C’est mal assise, les fesses mollement calées dans un siège peu pratique, que mes pensées coulent vers leur point d’expansion. Voyager en avion remonte le temps.


Je regarde dehors, tout est noir. Les hôtesses nous traitent comme des enfants, avec force de miel et de sourires édulcorés. Si je meurs aujourd’hui, c’est que c’était le moment.

Je pensais avoir peur de l’avion et mon appréhension prenait son essor en crescendo alors que nous préparions notre envolée. À côté de nous, un asiatique. Hilare. « Ça c’est le petit volet, regardez, regardez ». Nous regardons la tôle de l’aile.
« Là ! » Oui, ça bouge, effectivement.
« J’étais pilote de chasse quand j’étais jeune ! ». Se remémorer cette époque le met dans tous ses états. Immédiatement, je commence à le harceler de questions sur le mode de fonctionnement de ces fameux petits volets. Ils sont perpendiculaires aux ailes de l’avion lors du décollage. L’avion s’élance alors sur la piste jusqu’à atteindre 400km/h et la résistance de l’air, appuyant sur ces volets, le fait décoller automatiquement. Rien de magique. Juste un simple phénomène physique inévitable.

Cette démystification a eu pour effet de dissoudre en moi tout résidu d’appréhension.
Ce n’est donc pas de l’avion que j’ai peur, non. L’avion est une excuse commode pour éprouver ma peur du vide ; ce vertige une fenêtre ouverte sur l'indicible.
Le vide est impensable. Il est juste trou. Facile de visualiser ce vide autour d'un avion, d'imaginer s’y perdre, disparaître. Se résoudre à tomber dans le vide une bonne fois pour toute, sans simagrée, pourquoi est-ce si effrayant ? Suis-je à ce point attachée à mes édifices de pensées sculptés par le temps ?
Il faut croire que oui.
Fantastique ! C'est donc par vanité que j'ai peur de mourir.

vendredi 29 mai 2009

MAEDUSA !!!!

maedusa simple
Maedusa vient de battre tous les records de votes (382) à la demi-finale du Tremplin Emergenza au New Morning, avec une performance virtuose !
Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'ils vont jouer à l'Élysée Montmartre !!!
Get ready, ça va décoiffer !
www.myspace.com/maedusamusic>

jeudi 21 mai 2009

5e salon du théâtre et de l'édition théâtrale

Parisiens, venez donc nous saluer sur le stand Les Trois Coups !

Du vendredi 22 au dimanche 24 mai, Place Saint-Sulpice, 75006.
Plus d'info ici.

lundi 18 mai 2009

De l'inertie

Une femme est assise par terre, un stylo et un carnet à la main, marmonant des phrases inintelligibles, regardant dans le vague, puis se replongeant dans l'écriture, raturant, absorbée. Un groupe de gens portant tous le même tee shirt jaune entre et reste à proximité, visiblement intrigués. Un temps.

LE GROUPE (en conciliabule, regards à la dérobée)
Oh, elle est bizarre, elle parle toute seule et on ne comprend rien à ce qu'elle dit.
Oui, c'est vrai.
Et tu as vu, elle a de drôles de chaussures.
Ah ouais.
Qu'est-ce qu'elle fait ?
Je me demande si elle est française, elle est typée non ?
Oh, regarde, elle se gratte !

FEMME AU CARNET (s'énervant)
Non mais y’a pas idée de lorgner comme ça chez les autres, à l’affût de débusquer ce qui cloche ! Comme de sales fouines ! Occupez vous de vos fesses ! Au lieu de critiquer ce qui ne va pas ailleurs, z'avez qu'à commencer par améliorer ce qui cloche chez vous ! Non mais sans blague ! (elle se lève) Une fois que vous aurez bien déplié l’éventail de vos petits problèmes, que vous les aurez bien interrogé, bien étudiés à la loupe, bien retourné dans tous les sens, bien déploré, il n'y aura plus qu'à bien accepter votre mission : bosser dessus ! Ouais, parfaitement, bosser dessus, même si c'est pas agréable ! C’est comme ça qu’on transforme le monde putain, pas en allant dire au voisin que c'est lui qui doit changer ! Ça s'appelle prendre la responsabilité de ses actes, ça, messieurs-dames ! Parfaitement !

LE GROUPE (toujours en conciliabule, regards à la dérobée)
Tu as vu, elle s'est énervée.
Ouais, elle est bizarre, hein.
T'approche pas trop, elle va peut être nous attaquer.
Oh, tu crois ?
Tu as vu les marques de soleil qu'elle a sur le visage ?
Oh ! Oh ! Hé !
Attention !

N'osant bouger d'un cil, ils la dévisagent silencieusement tandis qu'elle sort. Une fois seuls, ils reprennent.

C'est fou hein !
Comme c'est pittoresque !
Ha ha ha !
Les gens sont bizarres quand même !
Oui, c'est clair !
Et quand elle a dit "Non mais sans blague !" hahaha !!
Avec ses gros yeux !
Oh oui, ses yeux !
Ils brillait de façon étrange, hein !
On va boire un verre ?
Oui !
Quand même, les gens sont fous hein !
Hihihi !
"Non mais sans blague !"
Hahaha, tu l'imites trop bien !!
En fait c'était toi !
Hahaha !
Ouais : "il n'y aura plus qu'à accepter votre mission" !
Hahaha !

Ils sortent, tout en continuant à échanger de façon animée sur ce qui vient de se passer. À mesure qu'ils s'éloignent, leurs voix perdent progressivement en intensité.

dimanche 17 mai 2009

Amours en tempête

En plein cœur de l’absurde amoureux, il importe de rester sérieux. Extrêmement sérieux. Sinon tout le comique de la situation disparaît à jamais. A-t-on déjà vu les protagonistes d’une situation tordante avoir conscience de la drôlerie de leurs actes ? Non. Justement. C’est parce qu'ils s'ignorent qu’il sont drôles. En plus d’être englués dans un inextricable tissu de circonstances, les voilà désemparés ! Ils se débattent à perdre haleine, agitant les bras comme des manchots, versant des torrents de larmes, empêtrés, inconfortables. Profondément mal. Leurs visages sont exsangues. Ils suent, soufflent, souffrent à se damner de leur existence. Quelle lutte, quelle douleur ! Dérobés à leur propre regard, ils ne savent plus qui ils sont ni ce qu'ils font.

À cet instant précis, ils sont ridicules. Et beaux.

T'emballe pas

J'aime trop respirer pour fumer

En me promenant dans mes archives, voilà que je tombe sur cet ancien texte, témoin de mon arrêt de cigarette. Exhumation, donc. D'autant plus d'actualité que j'ai retenté une bouffée de cigarette qui m'a chatouillé les poumons au point de me tordre en toux en me jurant de ne plus jamais recommencer. Conclusion : arrêter de fumer, ça marche, et c'est possible, oui !


« Je me défends d'être sentimentale, mais je me suis remise au chant lyrique. Je veux, je dois, je peux chanter majusculement, à la Callas, hurler sans heurts.
Cinq ans déjà que j'avais tout arrêté au profit de ce paquet de Marlboro Light. Commencer la cigarette à 21 ans, une bêtise ? Une excuse surtout, des questions, de l'eau dans les yeux. Un paquet par jour. Des paquets qui se succèdent en file indienne. Une cheminée. Mes vêtements, mes murs, mes amis, mes amours, mes choix à travers ce filtre, ma vie noyée dans ce brouillard de fumée, ponctuation. Ponctuer. Un assemblage de virgules, respirations multiples.

Il paraît qu'il n'y a pas de fumée sans feu. Mon feu me ravageait et je l'alimentais, cigarettes après cigarettes, semblants après semblants. Même mes silences étaient faux, occupés à aspirer le suc de mes bâtons. J'habitais Montmartre. Je prenais des cours de théâtre trois fois par semaine, le soir. Le reste de mon temps me voyait assise en face d'une tasse vide et d'un cendrier plein, stylo en main, déversant quantité de mots asphyxiés.
Fumer jusqu'en oublier le pourquoi.
Fumer pour se sentir exister.
Fumer pour se voir respirer.
'Je fume donc je suis' clamais-je silencieusement.
Puis je me parais de mon plus beau sourire et avançais vers un type pour demander s'il n'aurait pas une clope par hasard. Galant il dégainait son paquet et m'allumait avec son briquet. Et je m'éclipsais. J'aimais bien taxer des cigarettes à des inconnus : c'était simple, j'avais une bonne excuse pour les aborder, l'échange était clair, et l'homme ne se transformait pas en pot de colle excité par mon numéro de téléphone.

Le paquet vide, le paquet plein, le paquet vide, le paquet plein ; un rythme.
Je nourrissais une certaine culpabilité.
Je regardais mes amis prévoyants avec leur cartouche d'avance ou leur 2-paquets-car-demain-c'est-dimanche-et-les-tabacs-sont-fermés. Non, impossible, je ne voulais pas m'identifier à ce point à cet objet ; je préférais ne plus avoir de clope et me mettre désespérément en quête le moment venu.

Le matin, aussi. La bouche qui colle, la toux, le goût. Espérer que le mec qui dort à côté n'aura pas la mauvaise idée de m'embrasser maintenant, lui qui n'a pas encore une image de moi souillée.

Mais le pire de tout, c'est cette sensation de dépendre de quelque chose. De ne pas contrôler. D'avoir envie de fumer alors que ça commence à bien faire et qu'en plus il faut payer.
Quel supplice pour l'ego !
A chaque cigarette allumée je baissais dans ma propre estime plus bas, encore plus bas.
Je me détestais. Je me trouvais tellement faible, tellement nulle, incapable de rien, juste bonne à me vautrer et fumer des clopes. Alors je regardais dans le vide une seconde et saisissait l'avant-dernière du paquet, me disant confusément que je le mérite de toute façon, que si je crève à cause de ces clopes ce sera de ma faute.
Pas d'estime de moi. Un laisser aller. De la colère, beaucoup. Souvent, une immense envie de hurler. Impossible. Trop de monde. Trop de monde. Partout. Infesté. Du bruit. Un cri vivant coincé derrière les lèvres je les regardais passer, hérissée, les nerfs en pelote, révulsée ; je les haïssais, c'était de leur faute, il y avait trop de bagnoles, trop de boucan, putain y'a pas de coin dans Paris où on peut gueuler y'a toujours du monde, je voyais blanc, respiration saccadé, plexus noué.
Je tirais fébrilement sur ma cigarette. Tremblante. La tasse vide. C'est dans ces moments que mon paquet de Marlboro Light prenait un sens. Il était l'instrument ultime pour justifier ce dégoût de moi-même. J'étais triste. J'avais oublié la beauté. De mal en pire en pire. Cinq ans.

Puis j'ai ouvert les yeux, j'ai décidé. J'ai tout décidé.
J'arrête. Je vais vouloir fumer. J'aurais envie de fumer. Je vais en chier, c'est normal.
Je ne vais pas grossir car je ne vais pas remplacer, je vais arrêter.
J'aurais le droit d'avoir envie d'une clope autant de fois que je le voudrais.
J'aurais le droit de fixer avec envie la cigarette du type d'en face, de tenter de lui en voler des volutes avec mon nez, de m'imaginer en train de la fumer en même temps, d'être à deux doigts de lui en demander une et même de la lui demander, mais jamais de l'allumer.
Je vais me sentir mal, mon corps va mettre du temps à s'habituer, mon métabolisme va être bouleversé. Jamais il ne faudra se dire 'ça y est, j'ai réussi, j'ai arrêté ' : non. Fumeuse j'ai été, fumeuse je resterais. Toute ma vie. Chaque jour il me faudra arrêter de fumer à nouveau. Chaque jour je vais me battre pour récupérer ma dignité. Jamais il ne faudra céder, car céder c'est tomber.

Je me suis remise au chant lyrique. Je veux, je dois, je peux chanter majusculement, à la Callas, hurler sans heurts. Cinq ans déjà que j'avais tout arrêté au profit de ce paquet de Marlboro Light. Ma victoire chaque jour renouvelée n'en est que plus brillante. Ma vie a tourné. Je veux, je dois, je peux chanter majusculement

Laurie Thinot 2005, "Heroes", extrait

mardi 12 mai 2009

Confidences à Allah

Une petite critique écrite en passant, car j'ai le nez bien trop plongé dans d'autres choses en ce moment pour dépenser mon temps sur les sièges des théâtres parisiens. Et je le déplore.

En tout cas, j'ai passé un intéressant moment avec Alice Belaïdi dans "Confidences à Allah", mise en scène par Gérard Gélas au Théâtre du Petit Montparnasse. Vous pouvez lire ma critique en suivant ce lien !

jeudi 7 mai 2009

Bravoure

Les mots tentent l'impossible.

Made in Hong Kong, April 2009

samedi 2 mai 2009

Don't even try to catch me

I love people but I'm not your friend.
catch love
Written & pictured in Hong Kong, Saturday 18th april 2009


lundi 27 avril 2009

Kitsch, suite

"Des utilisateurs ont signalé le contenu de ce blog comme inacceptable"
Alors là, il faut qu'on m'explique.

dimanche 26 avril 2009

Are you kitsch, my dear ?

"Train à six du matin à la gare de Delhi. Il a fallu se lever à quatre heure pour débarquer dans cette gare où l’odeur est insupportable. L'endroit est sale, plein de mendiants et autres miséreux de tous poils, dormant par terre ou sur des ballots, édentés, en haillons. De gros rats trottinent entre les voies. Il fait encore nuit. Un cafard de dix centimètres glisse sur le mur derrière moi. Cette ville, cette gare, sont grouillantes, vivantes en dedans et en dehors, simultanément. Même l’air est infesté de vies contradictoires, de bonheurs à contresens, de victoires sans goût, de larmes brouillées, de sang mort. Pandémonium soudain rythmé par une voix féminine appelant les passagers à se rendre sur les différentes voies. J’ai l’impression d’un écoulement de lourdeur avançant lentement, d’une coulée de poix en pente douce, presque arrêtée.

Puis se précipite le train, ébranlant l’édifice précaire du vide. Certains s’élancent à sa suite, nous les imitons par soucis de mimétisme. Il s’arrête un peu plus loin. Comment savoir où s’asseoir ? Nos billets indiquent les places 73 et 74 dans le wagon C3. Nous devons donc remonter le train.
Après quelques hésitations, nous voilà installés.
Ce train est étonnant. Face à face, des rangées de banquettes dures comprennent trois places côte à côte. Il y a des barreaux aux fenêtres et surtout, un grand nombre de ventilateurs noirs collés au plafond, pareils à de gros insectes poussiéreux. Les murs sont bleu ciel passés, l’éclairage au néon. Deux femmes sont déjà installées de l’autre côté.
Le train se remplit progressivement. Des mendiants implorent une pièce à travers les barreaux ; les sâdhus, petite coupelle dorée à la main, torse nu, pantalon et turban rouge, crachent ou dorment sur les voies. Ils ont les dents noires.

Démarrage. Le jour pointe. Un homme est assis dans une carriole emplie de foin. Le train avance paresseusement, émettant un doux roulis. La voie est constellée de femmes, d’hommes et d’enfants, une bouteille d’eau à la main, accroupis, alors que nous avançons le long de bidonvilles en tôle et tissu, crasseux. Ces gens en haillons accroupis expulsent leurs excréments en regardant passer notre train ; la bouteille d’eau trouble qu'ils tiennent en main leur permet de se rincer les fesses. Les rails sont idéaux pour cette pratique, car ils permettent l’accroupissement, pieds en hauteur, protégés. L’odeur est très forte, âcre. Il est étonnant de les voir tous déféquer de la sorte sur plusieurs kilomètres. Je me surprends à tenter de calculer la quantité de selles présentes sur les voies, sachant qu’ils doivent y revenir plusieurs fois par jour. Changent-ils tous les matins d’endroit, heureux d’en inaugurer un vierge, ou restent-ils toujours dans le même périmètre ? Y’a-t-il un semblant de règles régissant les territoires ?

Après plusieurs kilomètres, les bidonvilles et leurs habitants se dispersent. L’air rafraîchi légèrement. La végétation apparaît, d’un beau vert, vision salvatrice après trois jours passés dans l’enfer ocre de Delhi."
Extrait de carnet, Delhi, Septembre 2005



"Sans la moindre préparation théologique, spontanément, l’enfant que j’étais alors comprenait donc déjà qu’il y a incompatibilité entre la merde et Dieu et, par conséquent, la fragilité de la thèse fondamentale de l’anthropologie chrétienne selon laquelle l’homme a été créé à l’image de Dieu. De deux choses l’une ou bien l’homme a été créé à l’image de Dieu et alors Dieu a des intestins, ou bien Dieu n’a pas d’intestins et l’homme ne lui ressemble pas. Les anciens gnostiques le sentaient aussi clairement que moi dans ma cinquième année. Pour trancher ce problème maudit, Valentin, Grand Maître de la Gnose de IIème siècle, affirmait que Jésus « mangeait, buvait, mais ne déféquait point ».
La merde est un problème théologique plus ardu que le mal. Dieu a donné la liberté à l’homme et on peut donc admettre qu’il n’est pas responsable des crimes de l’humanité. Mais la responsabilité de la merde incombe entièrement à celui qui a créé l’homme, et à lui seul.
( … )
Si, récemment encore, dans les livres, le mot merde était remplacé par des pointillés, ce n’était pas pour des raisons morales. On ne va tout de même pas prétendre que la merde est immorale ! Le désaccord avec la merde est métaphysique. L’instant de la défécation est la preuve quotidienne du caractère inacceptable de la Création. De deux choses l’une : ou bien la merde est acceptable (alors ne vous enfermez pas à clé dans les waters !), ou bien la manière dont on nous a créé est inadmissible.

Il s’ensuit que l’accord catégorique avec l’être a pour idéal esthétique un monde où la merde est niée et où chacun se comporte comme si elle n’existait pas. Cet idéal esthétique s’appelle le kitsch.

C’est un mot allemand qui est apparu au milieu du XIXe siècle sentimental et qui s’est ensuite répandu dans toutes les langues. Mais l’utilisation fréquente qui en est faite a gommé sa valeur métaphysique originelle, à savoir : le kitsch, par essence, est la négation absolue de la merde ; au sens littéral comme au sens figuré : le kitsch exclut de son champ de vision tout ce que l’essence humaine a d’essentiellement inacceptable."
Milan Kundera « L’insoutenable légèreté de l’être » 1984

lundi 20 avril 2009

Modelage

Le langage est à l'Homme ce que la main est à la glaise.
Written & pictured in Kowloon city & Lantau Island

dimanche 19 avril 2009

Wisdom path


La sagesse commence lorsqu'on arrête de poser aux autres les questions auxquelles on doit répondre seul.

Written & pictured on the wisdom path, near Po Lin Monastry, Lantau Island

samedi 18 avril 2009

Point

Depuis que j'ai réalisé que je ne suis pas le centre du monde, je trouve cette planète surpeuplée.


mardi 14 avril 2009

Hong Kong !

À la veille d'un grand voyage, je me sens encore plus microscopique qu'à l'accoutumée.